Édition du dimanche 11 mai 2008
PERPIGNAN
D.R.
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Une pointe de gravité en plus
Les Pritchard's sont à la galerie des Hospices, de Canet, pour une grande exposition qu'ils partagent avec leur ami africain Songda Ouedraogo. Si leur univers reste le même, Sabine et Éric abordent subtilement la part sombre de l'humanité.
L es Pritchard's restent les Pritchard's, avec leur monde coloré peuplé de personnages rondouillards. Les femmes exhibent des dessous affriolants, les hommes portent moustache, les enfants chahutent. Scènes de vie et scènes de rue racontent une humanité espiègle partagée entre plaisirs simples et débauche. Les oeuvres de Sabine et Éric se nourrissent de la nostalgie populaire, de nos rêves de légèreté, de fêtes simples, de camaraderie et d'amours passionnées. Ça pétille de malice et la fronde libertaire n'est jamais loin, esquissée dans un regard, un geste, une attitude. L'unité est parfaite entre les sculptures et les toiles.
Au coeur de cette joyeuse anarchie, il y a toujours eu de petites allusions à la part sombre de l'humanité. Une fois c'était sous les traits d'un dictateur ou d'un militaire, une autre fois on devinait la misère crasse derrière l'apparente bonhomie d'une représentation. Mais avec quelques nouvelles pièces, les Pritchard's abordent l'exil, la déportation, l'enfermement, la Retirada, la frontière, la libération. De ce léger déplacement, et sans rien renier ni du trait, ni de la forme, ils prennent une force émotionnelle bouleversante. Des groupes de personnages emmitouflés, valises à la main, le regard perdu vers le ciel racontent toutes les souffrances des voyages sans destination. Les tons sépia des toiles renforcent le propos. Quand les Pritchard's prennent un peu de gravité, ils sont parfaitement justes. Gueules d'Afrique
Au premier étage de la galerie des Hospices, c'est le Burkinabé Songda Ouedraogo qui expose. Cet artiste ami des Pritchard's est un maître de la pyrogravure. Son travail sur bois, mais aussi sur peau est remarquable de délicatesse. Ses oeuvres acryliques sont très colorées et mettent en scène des personnages africains, des gueules fortes ne souriant jamais. Le trait et la palette sont gais, vifs, mais les expressions austères. Là aussi l'artiste aborde la gravité sous des aspects joyeux.
J.M.C Jusqu'au 15 juin. Ouvert de 15 h à 18 h.
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