Birmanie: on vote malgré les ravages du cyclone Nargis
Des bureaux de vote ont ouvert samedi en Birmanie où le régime militaire a demandé à la population d'approuver une nouvelle Constitution une semaine après un cyclone dévastateur dans le sud qui a fait plus de 60.000 morts ou disparus et 1,5 million de sinistrés.
Les autorités birmanes ont donné samedi un nouveau bilan des victimes du cyclone Nargis, révisant à la baisse le nombre de personnes disparues, à 37.019, et augmentant le nombre de morts à 23.335. La chaîne de télévision MRTV, contrôlée par la junte militaire, a ajouté que la catastrophe avait fait aussi 1.403 blessés. Le précédent bilan officiel s'établissait à 22.997 morts et 42.119 disparus.
Des diplomates occidentaux n'ont pas exclu que le bilan dépasse les 100.000 morts.
Ce scrutin --le premier en Birmanie depuis 18 ans-- a été reporté au 24 mai dans les zones les plus affectées de la région de l'Irrawaddy, ainsi qu'à Rangoun, mais il a été maintenu partout ailleurs. Des bureaux de vote où se sont rendus des journalistes de l'AFP ont ouvert samedi à 06H15 (vendredi 23H45 GMT). Les opérations électorales se déroulent souvent dans des écoles et, à Hlegu, une localité au nord de Rangoun, ils étaient peu nombreux à avoir voté dans la matinée.
"Je ne ressens rien du tout", a dit un électeur de 35 ans, sous le couvert de l'anonymat. "Nous devons faire ce que les autres font et j'ai voté +oui+, comme les autres".
A l'instar des Nations unies, le parti de l'opposante Aung San Suu Kyi avait pressé la junte de repousser le référendum et de donner la priorité à l'aide aux victimes du cyclone Nargis, mais les généraux au pouvoir ont décidé d'aller de l'avant, ne reportant le scrutin que dans 47 municipalités.
L'aide d'urgence continue à arriver mais au compte-gouttes --alors que les besoins des survivants sont colossaux-- en raison de conditions posées par le régime qui refuse que les opérations de secours soient dirigées par des étrangers.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé la reprise samedi de ses vols humanitaires, quelques heures après avoir fait savoir qu'ils étaient suspendus en raison de restrictions "inacceptables".
L'ONU a lancé un appel de fonds de 187 millions de dollars pour venir en aide pendant six mois à la Birmanie, mais son secrétaire général, Ban Ki-moon, n'a toujours pas réussi à entrer en contact avec le numéro un birman, le généralissime Than Shwe, selon une source onusienne. Than Shwe, 75 ans, a finalement ignoré les demandes de report du référendum sur une nouvelle Constitution.
C'est la première fois que les Birmans sont appelés à voter depuis des élections législatives en mai 1990 qui avaient été très largement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi. A l'époque, les militaires avaient refusé d'honorer les résultats et l'opposante, 62 ans, lauréate du prix Nobel de la paix, a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années.
Selon la junte, l'approbation de la Constitution ouvrira la voie à des "élections multipartites" en 2010 et à un "transfert de pouvoir" progressif aux civils, mais des dissidents estiment que le texte enracine au contraire la suprématie de l'armée, au pouvoir depuis 1962.
L'opposition n'a pas été associée au processus d'élaboration de la Constitution qui rendrait inéligible Mme Suu Kyi, au motif controversé qu'elle a été mariée à un étranger, le Britannique Michael Aris, décédé d'un cancer en 1999.
Alors que les organes d'informations officiels ont puissamment relayé la campagne des généraux en faveur du "oui", l'opposition, qui a appelé à voter "non", n'a pas eu accès aux médias et une loi promulguée en février sur l'organisation du référendum menaçait de prison toute personne distribuant des tracts hostiles au scrutin. Samedi, le régime militaire n'avait toujours pas fait connaître le nombre total d'électeurs convoqués aux urnes.
Le ministre de la Protection sociale Maung Maung Swe avait simplement indiqué mardi que la Birmanie comptait 27 millions de personnes âgées de 18 ans et plus, mais ce chiffre inclut des moines et des détenus qui ne sont pas habilités à voter. Selon le dernier bilan officiel, le cyclone Nargis a fait quelque 23.000 morts et 42.000 disparus. Mais des diplomates occidentaux à Rangoun n'ont pas exclu un bilan supérieur à 100.000 morts.
La Maison Blanche a confirmé que les généraux birmans avaient accepté une première aide américaine, et un avion cargo militaire de type C130 devrait se poser lundi en Birmanie.
Paris a annoncé l'envoi d'un bateau chargé de 1.500 tonnes de produits et de matériels, qui pourrait arriver en Birmanie mercredi ou jeudi, mais le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a affirmé qu'il n'était "pas question de fournir une aide directe à la junte, même si elle l'accepte".
Alors que la communauté internationale reste plus que perplexe devant l'attitude des généraux, l'ambassadeur birman à l'ONU, Kyaw Tint Swe, a cherché à calmer le jeu et a fait montre de coopération, du moins publiquement. "La Birmanie a l'intention de coopérer avec la communauté internationale pour faire face à ce grand défi", a-t-il dit.














