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Editions Sud Ouest
Édition du samedi 10 mai 2008
AFP France
Des associations noires de France ont dénoncé samedi la persistance de
Mehdi Fedouach AFP

Des Noirs de France dénoncent la persistance de préjugés et discriminations




Des associations noires de France ont dénoncé samedi la persistance de "préjugés", 160 ans après l'abolition de l'esclavage, tandis que le président Nicolas Sarkozy appelait à regarder "de façon lucide et apaisée" ce chapitre sombre de l'histoire de France.

Près d'un millier de personnes ont manifesté samedi à Paris à l'occasion des cérémonies officielles de l'abolition de l'esclavage, aux cris de "A bas les préjugés".

"Nous sommes ici pour commémorer l'abolition de l'esclavage mais aussi pour dénoncer ce qui se passe aujourd'hui", a déclaré le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) Patrick Lozès, pour qui "il ne faut pas attendre 160 ans pour s'occuper des gens qui souffrent aujourd'hui".

"On attend que les autorités prennent en compte les discriminations en matière de logement, d'emploi et de loisirs", a-t-il ajouté.

Les manifestants arboraient des pancartes sur lesquelles était écrit: "non aux discriminations" ou "discriminé jusqu'à quand?".

Une autre marche était organisée au même moment par un Collectif des fils et filles d'Africains déportés (Coffad).

Un peu plus tôt, le chef de l'Etat Nicolas Sarkozy avait évoqué lors d'une cérémonie de commémoration à Paris la "souffrance que l'esclavage a engendrée, les blessures qu'il a laissées dans l'âme".

Evoquant une "blessure profonde qui pèse encore sur les consciences", un "crime contre l'humanité", M. Sarkozy a exhorté à regarder "cette histoire telle qu'elle a été", "lucidement", car "c'est l'histoire de France".

Il a annoncé que "la traite des Noirs, l'esclavage ainsi que leurs abolitions" seraient enseignées à l'école primaire --pour les enfants de six à dix ans-- dès la rentrée de septembre.

"Je pense à Aimé Césaire", a dit M. Sarkozy qui avait assisté aux funérailles du poète martiniquais décédé le 17 avril. "L'émotion provoquée par (sa) disparition montre à quel point nous sommes toujours à la recherche de notre histoire".

Mais, a poursuivi le chef de l'Etat, "cette célébration ne doit pas être seulement un rappel historique" car "des millions de personnes sont encore victimes de la traite. Elles demeurent privées de liberté, soumises à des conditions d'exploitation brutales".

Il a évoqué "la tragédie que vit le peuple de Birmanie", ravagée par un cyclone et dont le régime "éminemment condamnable, empêche le débarquement de vivres" pour aider les centaines de milliers de sans-logis.

Auparavant, le chef de l'Etat avait visité l'exposition en plein air consacrée au chevalier de Saint-George, musicien, escrimeur, valeureux soldat, qui fut au XVIIIe siècle le premier compositeur noir de l'histoire de la musique occidentale.

Plusieurs autres manifestations - défilés, hommages à Aimé Césaire - se sont déroulées en France. Ce fut le cas notamment à Bordeaux (sud-ouest), qui fut un des principaux ports négriers, en présence de Michaëlle Jean, gouverneur général du Canada, mais aussi descendante d'esclaves haïtiens.

La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade, originaire du Sénégal, a de son côté jugé que "l'esclavage fut une abomination, une meurtrissure au coeur de l'histoire des hommes" lors d'une cérémonie dans le Doubs (est).

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