La faiblesse du dollar pénalise l'aéronautique toulousaine
La décision d'Airbus de ne pas vendre deux usines à Latécoère est due en grande partie à la parité euro-dollar. Le président du sous-traitant toulousain estime que l'industrie aéronautique française est menacée.
La décision d'Airbus de ne plus vendre, comme il était prévu dans son plan d'économie "Power 8", les deux usines de Méaulte (Somme) et Saint-Nazaire au sous-traitant toulousain Latécoère est due en grande partie à la faiblesse de la monnaie américaine par rapport à l'euro. Airbus ayant demandé à Latécoère de lui vendre les tronçons d'avions en dollars alors que ses coûts sont majoritairement en euros, il devenait difficile de trouver un équilibre financier à cette cession. Car entre le début des négociations, il y a un an, et aujourd'hui, l'euro est passé de 1,35 dollar à 1,55 dollar... Latécoère devait trouver 300 millions d'euros pour racheter les deux usines d'Airbus et investir dans la fabrication des pointes avant du futur avion long courrier A350 en matériaux composites. Même si le président du conseil de surveillance de Latécoère, François Junca, affirme que le tour de table était quasiment bouclé avec la Caisse des Dépôts et des fonds de pension, les milieux bancaires ont demandé des garanties importantes pour s'engager dans une affaire risquée. "Airbus entend néanmoins conserver Latécoère comme partenaire de premier rang pour le développement du program me A350 ", a indiqué l'avionneur dans un communiqué. Mais, dépité par le refus d'Airbus de lui vendre les deux usines, François Junca a déclaré mercredi que " pour donner la priorité à l'amélioration de notre situation financière, il est exclu de financer la phase de développement des produits".
40 000 emplois en Midi Pyrénées
Au-delà de cet épisode, la cherté de l'euro et la faiblesse du dollar accélère la délocalisation de l'aéronautique française. La région toulousaine est concernée au premier chef car cette industrie emploie 40 000 personnes en Midi-Pyrénées dont 17 000 chez Airbus. Pour les anciens avions comme l'A320 qui représentent encore l'essentiel des fabrications, il n'y a pas de problème car les contrats ont été signés il y a longtemps. Mais il en va autrement avec les nouveaux appareils A380 et A350, pour lesquels Airbus met une grosse pression sur les sous-traitants pour qu'ils baissent leurs prix. Afin de diminuer ses coûts, Latécoère veut délocaliser la fabrication de sous-ensembles en Tunisie, après avoir déjà transféré les câblages dans ce pays et les portes d'avion en République tchèque. Mercredi, François Junca a annoncé que " les contrats temporaires des fonctions techniques et administratives (environ 200 personnes) ne seront pas renouvelés" chez Latécoère, seuls les cols bleus étant "pour le moment protégés par les cadences de production en croissance".
Il a justifié cette mesure par le fait que " la parité actuelle 1 euro = 1,55 dollar nous contraint à faire croître notre production dans nos filiales et chez nos sous-traitants à coût bas, ce qui se traduira à terme par une réduction d'activité en France". Il estime aussi que "l'activité àmoyen et long terme de l'industrie aéronautique française est compromise. En effet, Airbus poursuivra sa politique de recherche de partenaires à risque (ndlr : qui financent le développement de parties d'avion) dans la zone dollar pour réaliser des ensembles d'infrastructures". Cette réaction est sans doute marquée par le dépit de ne pas pouvoir racheter les deux usines d'Airbus qui auraient doublé la taille de Latécoère. Mais elle illustre l'inquiétude des nombreux sous-traitants de la région toulousaine pour l'avenir, alors même que les cadences de fabrication n'ont jamais été aussi élevées dans les usines avec le doublement des ventes d'avions en dix ans.














