Édition du vendredi 9 mai 2008
France-Monde
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La Birmanie, malgré une pression internationale soutenue, s'ouvrait encore avec une extrême réticence hier à l'aide internationale qui s'offre massivement à elle pour secourir plus d'un million de sinistrés du cyclone.
Un premier avion de l'ONU, un appareil du Programme alimentaire mondial (PAM), a atterri hier à Rangoun, la plus grande ville du pays.
Les Américains, qui avaient annoncé avoir reçu un feu vert de l a junte birmane pour dépêcher sur place un avion transportant de l'aide, ont finalement fait savoir que l'appareil ne partait plus. "Je ne sais pas s'il y a eu une annulation ou un problème de communication" , a déclaré à la presse l'ambassadeur des Etats-Unis à Bangkok, Eric John.
La junte birmane est l'une des bêtes noires de Washington, mais les Etats-Unis la pressaient depuis plusieurs jours d'accepter leur assistance après le passage le week-end dernier de Nargis, qui pourrait avoir fait plus de 100 000 morts. L'ambassadeur américain a précisé que Washington acheminerait tout de même de l'aide, via les Nations unies.
Selon les organisations humanitaires, l'aide arrive doucement de Thaïlande, de Chine, d'Inde. La Grèce a affirmé avoir reçu le feu vert pour l'envoi d'un avion de l'armée de l'air. Mais tout arrive encore en quantité insuffisante et trop lentement pour répondre aux besoins d'une population qui manque de tout.
Un pays fermé
Selon les spécialistes de l'humanitaire, ce sont des centaines d'avions d'aide dont le pays a besoin. L'Onu a elle-même demandé aux militaires birmans de pouvoir envoyer une centaine d'experts, notamment du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
Le régime ne donne qu'au compte-gouttes des autorisations pour pénétrer sur son territoire. Le junte au pouvoir en Birmanie, l'un des pays les plus fermés de la planète, avait averti les travailleurs humanitaires en début de semaine : ils devraient négocier avec elle.
Hier soir, la télévision officielle birmane recensait 17 morts de plus, faisant désormais état de 22997 morts et 42119 disparus. Ces chiffres sont loin des estimations fournies notamment par un diplomate américain qui craint plus de 100 000 morts.
Un responsable local birman, Tin Win, a lui-même estimé que 80000 personnes auraient été tuées rien qu'à Labutta et dans ses villages voisins, une zone sinistrée du delta de l'Irrawaddy dans le sud-ouest du pays. Selon ce chef d'arrondissement de Labutta, des dizaines de villages alentour ont été rayés de la carte. Face à cette situation catastrophique, la communauté internationale a multiplié les appels à l'ouverture de la Birmanie.
"Forcer" la porte
du pays La Commission européenne a aussi déploré les difficultés d'accès, mais a estimé qu'on ne pouvait pas "forcer" la porte du pays.
La veille, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait "exhorté le gouvernement" à faciliter l'aide, et la France avait proposé de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies pour contraindre la junte à s'ouvrir. Des discussions informelles à New York ont donné lieu à de vifs échanges, mais Paris n'a pas obtenu de débat formel, au moins cinq des quinze membres du Conseil s'y étant opposés, au premier rang desquels la Chine, grand allié de la Birmanie.
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