Édition du vendredi 9 mai 2008
Expressions
Flamme
L'édito par Bernard Revel
On aurait bien voulu voir dans la petite flamme hissée au sommet de l'Everest par Cering Wangmo, la liberté éclairant le monde. Quel beau symbole, en effet, que cette jeune Tibétaine portant au plus haut l'idéal olympique ! A une telle altitude, ils doivent paraître bien dérisoires, les drames de la planète. Le message de Pékin est clair : prenez de la hauteur, respirez l'air pur des cimes himalayennes, les JO sont au-dessus de tout. Impossible cependant de la voir d'en bas, cette belle flamme. On ne peut que l'imaginer. Faut-il qu'elle soit puissante pour que rien n'arrive à l'éteindre. Elle ne peut rien, certes, contre les violences perpétuelles qui éclatent à travers le monde. Le Liban replonge dans le chaos. L'Irak n'en finit pas avec les bains de sang. La Géorgie craint une guerre contre la Russie. La Birmanie dévastée par un cyclone subit à présent l'obstination criminelle de ses maîtres. Certes, et les commémorations du 8-Mai sont là pour le rappeler, l'histoire des hommes a connu des périodes beaucoup plus noires. Mais le présent montre que leurs leçons sont vite oubliées dès lors que des groupes, des peuples, des nations renoncent au dialogue. Année olympique ou non, le monde ne connaît jamais de trêve. Pourtant, quelque chose s'est allumé hier matin au sommet de l'Everest, en territoire tibétain. C'est peut-être une illusion. C'est peut-être une provocation. Mais c'est peut-être aussi un espoir. La flamme attire l'attention sur un pays occupé depuis près de cinquante ans. Ce pays ne réclame pas l'indépendance mais une plus grande autonomie dans le respect de sa culture et de sa religion. La Chine longtemps intransigeante accepte à présent le dialogue. Elle le fait, évidemment, pour "sauver" les Jeux de Pékin qui débutent dans trois mois. Mais si son ouverture n'est qu'un stratagème qui ne débouche sur rien de positif pour le Tibet, elle aura perdu une occasion historique de prouver au monde qu'elle a changé. Quoi qu'on en pense, les JO sont le révélateur d'un régime. Dans cette vitrine qui voudrait ne montrer que le bon côté des choses, les vices cachés finissent par être mis au jour. Là-haut, sur l'Everest, la petite flamme olympique ne changera pas le monde. Elle ne peut ramener ni la paix en Irak ou au Liban, ni la liberté en Birmanie. Mais au moins est-on sûr que, grâce à elle, pendant les Jeux olympiques, le Tibet ne restera pas dans l'ombre.
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