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Editions Sud Ouest
Édition du vendredi 9 mai 2008
AFP Monde
La junte birmane a fermé la porte vendredi aux équipes de secours et journalistes de pays étrangers, malgré le concert d'appels internationaux pour que le pays s'ouvre à une aide massive destinée à plus d'un million de sinistrés du cyclone dévastateur Nargis.
Farjana Khan Godhuly AFP

Cyclone Nargis: la junte birmane ferme la porte aux équipes de secours de pays étrangers




La junte birmane a fermé la porte vendredi aux équipes de secours et journalistes de pays étrangers, malgré le concert d'appels internationaux pour que le pays s'ouvre à une aide massive destinée à plus d'un million de sinistrés du cyclone dévastateur Nargis.

Selon l'ambassadeur de Grande-Bretagne à Rangoun, le bilan du cyclone pourrait très nettement dépasser les 100.000 morts, en raison de la grande vulnérabilité des sinistrés. "Le chiffre que nous avons maintenant de sources fiables pour le nombre des morts et des disparus se situe (déjà) entre 63.000 et 100.000", a-t-il affirmé.

Les militaires birmans, qui exercent un pouvoir sans partage sur l'un des pays les plus fermés au monde depuis près d'un demi-siècle, entendent gérer eux-mêmes les aides matérielles et financières promises qui se chiffrent à des millions d'euros. Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a d'ailleurs annoncé la suspension de ses vols vers la Birmanie en raison de restrictions "inacceptables" imposées par la junte.

Les militaires birmans, qui exercent un pouvoir sans partage sur l'un des pays les plus fermés au monde depuis près d'un demi-siècle, entendent gérer eux-mêmes les aides matérielles et financières promises qui se chiffrent à des millions d'euros.

"La Birmanie donne la priorité à la réception d'aides d'urgence et fait des efforts acharnés pour les faire transporter sans délai par ses propres travailleurs dans les zones affectées", a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un texte publié par le quotidien officiel New Light of Myanmar.

"La Birmanie n'est pas prête à recevoir des équipes de recherche et de secours, ainsi que des équipes de journalistes, de pays étrangers", a-t-il ajouté.

Selon le dernier bilan officiel provisoire, le cyclone Nargis qui a ravagé le week-end dernier le sud de la Birmanie a fait près de 23.000 morts et plus de 42.000 disparus. Ces chiffres sont loin d'autres estimations, notamment de celle d'une diplomate américaine à Rangoun qui craint plus de 100.000 morts.

Depuis Genène, les Nations unies ont annoncé le lancement d'un appel de fonds à la communauté internationale pour assister pendant six mois 1,5 million de sinistrés.

La junte a déjà montré que ses paroles seraient suivies d'effet. Mercredi, elle a refoulé des travailleurs humanitaires et des journalistes arrivés à bord d'un avion rempli d'aide en provenance du Qatar.

Vendredi, le Premier ministre australien Kevin Rudd a qualifié "d'affligeante" la réaction du régime birman, alors que la communauté internationale se démène pour agir sur le front humanitaire. Des dissidents birmans ont appelé les pays étrangers à envoyer vivres et équipes de secours même sans autorisation.

Pour l'ONU, le temps est compté. "La situation devient critique et il y a seulement une petite fenêtre d'opportunité si nous voulons éviter la propagation de maladies qui pourraient multiplier le nombre déjà dramatique de victimes", a estimé Noeleen Heyzer, sous-secrétaire des Nations unies pour l'Asie-Pacifique.

Faute d'augmentation rapide et massive de l'aide, "il y a un risque important d'une second round dans cette catastrophe qui pourrait potentiellement tuer autant de personnes que le cyclone initial", a renchéri un porte-parole de l'ONU à Bangkok, Richard Horsey, mettant en garde contre de fortes pluies attendues dans les sept prochains jours.

Mais la junte birmane voit les choses autrement: "à ce stade, la meilleure façon pour la communauté internationale d'aider les victimes est de donner de l'aide comme des médicaments, de la nourriture, des vêtements, des générateurs électriques et des matériaux pour les abris d'urgence, ainsi qu'une assistance financière".

Des pays étrangers ont déjà envoyé, "avec une autorisation préalable, des appareils remplis d'aides d'urgence qui ont atterri sans aucune difficulté sur le sol birman", a affirmé le régime. Vendredi matin, la junte affirmait qu'au total, 11 avions de frêt avaient atteint la Birmanie.

Mais, pour les organisations humanitaires, l'aide arrive en quantité totalement insuffisante et bien trop lentement alors que les victimes manquent d'eau potable, de nourriture, de vêtements, d'abris.

Facteur encore aggravant, la zone la plus frappée par le cyclone, le delta de l'Irrawaddy, est aussi la principale région rizicole de Birmanie.

Là-bas, chaque paire de mains est occupée à chercher de la nourriture. Des enfants pêchent dans des canaux inondés et des villageois quémandent des prêts à leurs voisins.

Le long de la route qui mène de Rangoun au delta, des centaines de maisons ont été balayées par la tempête et les champs dévastés. Les habitants tentent de construire de nouveaux abris faits de bambou et de branches tombées des arbres.

A Rangoun même, où la plupart des habitants, pauvres, devaient déjà se battre pour nourrir leurs familles avant la catastrophe, bouteilles d'eau, huile de cuisson, légumes et riz se font rares et les prix grimpent.

"Nous n'utiliserons plus d'huile. Nous essaierons de cuisiner avec de l'eau à la place parce que le prix de l'huile a tellement augmenté", a expliqué un habitant.

Malgré l'ampleur de la catastrophe, les militaires prévoient toujours d'organiser un référendum samedi sur une nouvelle Constitution, sauf dans les municipalités les plus touchées, et ont lancé vendredi un nouvel appel à voter "oui".

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