Belgique: bataille politique relancée entre députés flamands et francophones
Les partis francophones belges ont riposté vendredi au coup de force qu'a représenté pour eux la mise à l'ordre du jour du Parlement par les seuls députés flamands d'un texte réduisant les droits linguistiques des francophones en banlieue de Bruxelles.
A l'unanimité, les 62 députés francophones du parlement de la région de Bruxelles --l'une des sept assemblées du très complexe système politique belge-- ont adopté une "motion en conflit d'intérêt", quelques heures après le vote controversé des députés flamands à la Chambre fédérale, intervenu dans la nuit de jeudi à vendredi.
Même si le pire a pour l'instant été évité, la crise qui avait secoué la Belgique en 2007 paraît ainsi bel et bien relancée. Et l'avenir du pays plus que jamais suspendu à la difficile négociation d'une nouvelle réforme des institutions entre les deux grandes communautés du pays, en principe à conclure d'ici à la mi-juillet.
"Voilà des années que les partis flamands chauffent à blanc l'opinion publique flamande contre les Wallons, contre les Bruxellois et contre la Belgique. Il faut que cela cesse", a lancé la député régionale socialiste Anne-Sylvie Mouzon.
Cette "motion en conflit d'intérêt" sera transmise à la Chambre des députés, la chambre basse du parlement fédéral.
Cette procédure, prévue pour offrir un espace de négociation et du temps pour résoudre les conflits entre l'Etat fédéral et les régions et communautés belges, n'a pratiquement aucune chance d'aboutir à une solution.
Mais elle a pour effet immédiat de geler durant 120 jours une proposition de loi très controversée sur les droits des francophones vivant dans la banlieue flamande de Bruxelles, l'épineux et très byzantin dossier de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, dit "BHV".
Cet arrondissement bilingue regroupant Bruxelles, ville majoritairement francophone, et 35 communes de sa périphérie, majoritairement flamandes, est considéré comme une "anomalie" par les partis flamands, qui exigent sa scission au nom de l'homogénéité linguistique de la Flandre.
Il est au coeur des querelles qui opposent depuis des années les Flamands, qui représentent 60% des 10,5 millions de Belges, et les francophones (40%).
Usant de leur majorité, pour la première fois dans l'histoire du pays, les partis flamands ont imposé dans la nuit de jeudi à vendredi, la mise à l'ordre du jour d'une séance plénière de la Chambre la scission de BHV, déclenchant un tir de barrage des francophones.
Ceux-ci n'envisagent toutefois pas de se retirer du gouvernement dans l'immédiat, des élections anticipées ne pouvant, selon les analystes, que favoriser les plus radicaux sur le plan communautaire.
La mise entre parenthèses du dossier BHV offre donc un répit au gouvernement du Premier ministre belge, le Flamand Yves Leterme, en fonction depuis moins de deux mois.
Mais M. Leterme, sort très affaibli d'un épisode qui l'a montré en porte-à-faux avec les membres de son propre parti chrétien-démocrate, en première ligne pour réclamer la scission de BHV.
Le chef du gouvernement va avoir les plus grandes difficultés à remplir son principal objectif: jeter les bases, d'ici au 15 juillet, d'une réforme des institutions belges accordant un surplus d'autonomie aux régions, une revendication martelée de plus en plus fort par la Flandre.
"La confiance va être difficile à rétablir", a souligné, avec un certain sens de l'euphémisme, le ministre des Finances, le francohpone Didier Reynders.
"Au fil du temps, il faut constater que ce gouvernement ne produit rien et ne produira jamais rien. Faut-il encore prolonger longtemps toute cette souffrance inutile", s'interroge le journal flamand De Morgen.














