Urgences de Perpignan : « une précarisation du statut de médecin hospitalier »
A l'appel de l'intersyndicale des médecins hospitaliers, le mouvement de grève a touché hier les services de l'hôpital de Perpignan. Ils protestent notamment contre la réforme de leur statut.
L'Indépendant du 12/05/2006
A l'instar de la grande majorité de ses confrères de l'hôpital de Perpignan, le médecin urgentiste, Jean Philippe Micalef était hier en grève. "C'est la première fois en trente ans", lâche-t-il d'entrée. S'il a dérogé à ses habitudes, c'est bien parce qu'il en a gros sur le coeur. Désormais, la situation du personnel hospitalier atteint "des sommets d'absurdité". Et le projet de loi dans le collimateur, visant les procédures de nomination des médecins par les directeurs d'hôpitaux et non plus par le ministère, s'inscrit comme une nouvelle menace pour le fonctionnement des hôpitaux français. Interview.
Tout d'abord, comment se matérialise la grève à l'hôpital de Perpignan ?
La grève a été largement suivie dans l'ensemble des services. On peut estimer que 90 % des médecins hospitaliers ont suivi le mouvement. D'habitude, je suis en retrait mais là, trop c'est trop. J'ai donc moi aussi été favorable à la grève. Mais comme vous le voyez, je travaille et mes confrères aussi. Nous avons été réquisitionnés car déjà que nous ne sommes pas nombreux, si en plus, on ne soigne pas, la situation serait dangereuse pour les patients. C'est presque symbolique, mais croyez-moi, le coeur y est.
Justement, quelle est la situation au sein du service des urgences ?
Il suffit de voir les conditions dans lesquelles on travaille pour comprendre. Nous sommes 23 personnes équivalentes temps plein au lieu de 49. Cela se traduit par une moyenne de 60 à 90 heures de travail par semaine. Tout est dit. Quand on sait que le service des urgences accueille entre 100 et 300 malades par jour, il y a de quoi être inquiet, non ?
D'abord, c'est la vocation originelle de l'hôpital qui est remise en cause. A ce rythme, c'est notre mission de service public qui ne pourra plus fonctionner. Nous faisons beaucoup de social, surtout la nuit, et l'on ne peut pas avoir une vision de rentabilité dans la pratique de notre métier, au sein même d'hôpital. C'est ce qui fait la différence avec le privé. On nous demande de faire plus avec moins de moyens. Ce n'est pas compatible.
En quoi ce nouveau projet menace-t-il le système hospitalier ?
Donner au directeur de l'hôpital le choix des affectations cache une gestion lucrative des établissements. Si l'activité baisse dans un service, il sera demandé au médecin d'aller rejoindre un autre hôpital où il manque quelqu'un. Si l'on refuse, au bout de trois fois, c'est la porte. Il s'agit d'une précarisation du statut de médecin hospitalier et c'est intolérable.














