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Editions Sud Ouest
Édition du mardi 8 janvier 2008
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Sous-effectifs aux Urgences et au Samu : "La santé des Audois en danger"


Le collectif des médecins urgentistes a déposé un préavis de grève pour le 3 mai. Il dénonce un manque d'effectifs au Samu et aux Urgences. Certains jours, le médecin régulateur du centre 15 doit gérer jusqu'à 10 appels en même temps. Aux Urgences, les patients attendent plusieurs heures.

L'Indépendant du 18/04/2007

Le docteur Frédéric Joye s'exprime au nom du collectif des médecins urgentistes de l'Aude. Face à une "situation explosive aux Urgences et au Samu" qu'il dénonce, ce dernier vient de déposer un préavis de grève pour le 3 mai prochain.

Quelle est la situation aujourd'hui au Samu de l'Aude ? Dans quelles conditions les médecins travaillent-ils ?

Frédéric Joyer : Depuis la loi de 1992, le Samu a pour mission de répondre à tous les appels urgents. L'écoute médicale doit être permanente. Depuis 10 ans, le nombre d'appels à été multiplié par 10. En revanche, il n'y a toujours en permanence qu'un seul médecin régulateur.
Dans l'Aude, le Samu reçoit en moyenne 200 000 appels par an, soit un toutes les deux à trois minutes. Dans les cas extrêmes, comme le dimanche après-midi par exemple, on peut recevoir dix appels simultanément. Le temps d'attente pour les patients peut être d'un quart d'heure. Il arrive même que certains soient obligés de rappeler plusieurs fois avant d'avoir un médecin au téléphone... Nous sommes techniquement dans l'impossibilité de faire notre travail correctement.

Vous demandez donc des effectifs supplémentaires...

On ne peut pas réduire le nombre d'appels, il faut donc augmenter le personnel. Nous assurons des gardes d'une durée de 24 heures. En semaine, le médecin du Samu est épaulé tous les soirs de 20 h à minuit par un médecin libéral. Le samedi, ce renfort est présent de 12 h à minuit et le dimanche de 8 h à minuit. La présence des médecins libéraux doit être renforcée, notamment la nuit. Il faut, en permanence, deux médecins pour répondre aux appels. Notre discours n'est pas corporatiste, c'est l'ensemble de la communauté médico-hospatilière d'urgence qui est au bord du gouffre.

La santé des Audois est-elle en danger ?

Clairement oui. Même si nous ne voulons pas être alarmistes, la population doit prendre conscience que la situation est catastrophique. En tant que médecins, on ne peut accepter de telles pertes de chance. Aujourd'hui, des gens meurent car ils n'ont pas pu être pris en charge à temps. Les problèmes que les urgentistes rencontrent concernent tout le monde. Chacun d'entre nous peut, un jour, avoir besoin d'une aide médicale d'urgence.

Justement, aux Urgences de l'hôpital de Carcassonne, quelles sont les difficultés rencontrées par les médecins ?

Là encore, les chiffres sont effarants. Il n'y a en permanence qu'un seul médecin de garde qui a également la responsabilité de 7 lits d'hospitalisation dits "chauds". Un second le renforce en journée. Nos effectifs sont mutualisés, ce qui permet aux médecins du Smur (service mobile d'urgence et de réanimation) d'être également présents aux Urgences lorsqu'ils ne sont pas sur le terrain.
A Carcassonne, entre 70 et 80 personnes passent tous les jours par les Urgences. Quand il n'y a qu'un seul médecin, les délais d'attente sont de plusieurs heures. Nous sommes en permanence sur le fil du rasoir. Nous demandons clairement la présence d'un deuxième médecin de garde la nuit.

Vous venez de déposer un préavis de grève pour le 3 mai. Où en sont aujourd'hui les discussions avec les autorités de tutelle ?

Fin mars, nous avons participé à une première réunion de concertation avec l'ARH (agence régionale de l'hospitalisation) et la direction. Quinze jours plus tard, alors que l'ARH ne nous avait toujours pas répondu, nous avons déposé un préavis de grève. La direction de l'hôpital a écrit de son côté à l'ARH. Nous nous sentons épaulés. Encore une fois, il ne s'agit pas d'un combat corporatiste.

Personnellement, vous travaillez depuis 10 ans en tant qu'urgentiste à Carcassonne. Comment ont évolué les services d'Urgences durant cette période ?

Nous avons connu de belles avancées. Notre flotte de véhicules est flambant neuve, nous avons sauvé l'hélicoptère et en 1999, créé une antenne SMUR à Quillan... Mais les problèmes d'effectifs sont, plus que jamais, d'actualité. Nous redoutons tous l'arrivée de l'été, synonyme d'une forte augmentation d'activité. C'est la première fois que nous mesurons un tel degré d'épuisement des équipes et un tel mécontentement de la part des usagers. L'ensemble de la communauté médico-hospitalière audoise en appelle à la responsabilité de l'Etat.

Recueilli par Estelle Devic
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