Lézignan : le service d'accueil des urgences doit fermer ses portes
Jusqu'alors, ce service n'était pas reconnu et fonctionnait sur fonds propres. Restrictions budgétaires obligent, aujourd'hui, l'Agence régionale de l'hopitalisation décide de le fermer définitivement.
L'Indépendant 05/09/2007
L'ARH (agence régionale de l'hospitalisation) a rendu sa décision. Le service d'accueil des urgences du centre hospitalier de Lézignan-Corbières devra fermer ses portes. "Dans les plus brefs délais". Le personnel soignant (quatre aides-soignantes, quatre infirmières) rattaché à cette activité sera redéployé.
Quant à la dizaine de médecins urgentistes, elle ne pratiquera plus dans les murs de l'hôpital. Résultat : la structure ne pourra pas recevoir de patients de manière inopinée. "Ça ne sera plus un hôpital public ouvert à la population. Il faudra réorienter les personnes sur les centres de Narbonne ou Carcassonne qui sont déjà engorgés", commente Patricia Weyenbergh, aide-soignante membre de la CGT. Pour les syndicats FO et CGT, cette décision va entraîner une série d'effets néfastes. Pour l'hôpital, bien entendu. Mais surtout pour l'ensemble de la population du bassin lézignanais.
Comme en témoignent les propos de Sylvie Bousquet (FO), du service de radiologie. "Avec ces urgences, nous rendons un véritable service au public. Nous les prenons en dehors des heures de bureau. Les habitants des villages alentours viennent consulter ici. Ce choix pose la problématique de l'éloignement des services de santé. Car il faut penser aux gens de Mouthoumet, et de tous ces endroits reculés. C'est eux, avant tout, qui vont subir le choix de l'ARH".
Un service de plus en plus fréquenté
En 2006, 6 500 personnes sont passées par les urgences de Lézignan-Corbières. En 2007, ce chiffre dépassera les 7 000. "Il est en constante augmentation. C'est bien la preuve que ce service est utile". Apparemment, l'ARH ne partage pas cette analyse. Voilà des années que cette fermeture planait au-dessus de la structure lézignanaise. Car le service des urgences n'a jamais été reconnu officiellement. Jusqu'à maintenant, il fonctionnait sur fonds propres. Désormais, cette situation ne paraît plus viable. Cette année, le déficit programmé de l'hôpital s'élève à 2 millions d'euros. "Pour financer ce service, il faut le reconnaître officiellement. C'est la seule issue", martèle Magalie Astruc, infirmière, secrétaire CGT. Au printemps dernier, un dossier de demande d'ouverture avait été défendu devant la CROS (commission régionale de l'organisation sanitaire).
A l'époque, ses membres avaient rendu un avis favorable. Mais après une visite sur le site de l'hôpital, le docteur Corvez, directeur de l'ARH, s'est catégoriquement opposé à la reconnaissance du service.
Quant au conseil d'administration, il se dit "contre cette non ouverture". "Il faut dire que nous sommes dessaisis du dossier, car nous n'avons pas voté le dernier budget. Le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens ne nous satisfaisait pas. Maintenant, le centre se trouve donc sous la tutelle de l'ARH", souligne Jules Escaré. L'adjoint au maire, délégué à la santé, membre du conseil d'administration poursuit : "Cette décision pose non seulement le problème de l'éloignement du service de santé mais également celui de l'organisation des soins". A l'heure actuelle 14 médecins se partagent les gardes dans le secteur du grand Lézignanais.
Avec la disparition des urgences, leur charge de travail va forcément s'alourdir. "Encore une fois, la population va faire les frais de restrictions budgétaires dans le secteur de la santé", souffle l'infirmière, Nathalie Rieux Sicard (FO).
"Ils sont en train de bousiller le service public de la santé"
. Ces dernières années, le CH ne cesse de devoir fermer des services. Au printemps dernier, c'était au tour de la chirurgie déambulatoire de disparaître. "Bientôt, nous ne serons plus qu'un pôle gériatrique. Et nous ne traiterons que les malades déjà présents dans l'établissement", peste Patricia Weyenbergh. "Et puis, c'est le principe de l'effet boule de neige. On ferme les urgences, comme ça l'activité de la radiologie va baisser de 70 %, idem pour les consultations, la médecine... D'ailleurs, l'ARH prépare déjà la privatisation de la radiologie. Le dossier est prêt...", ajoute Sylvie Bousquet.
Aujourd'hui, le personnel de l'établissement semble épuisé. Par le manque d'effectif et "l'obstination de l'ARH à sans cesse réduire les prérogatives de l'hôpital". Pour autant, les syndicats se disent "prêts à aller jusqu'au bout. Mais il faudra que l'ensemble du personnel et la population nous suivent. Sinon, on ne pourra pas faire grand-chose". Et Magalie Astruc de conclure : "Il faut absolument réunir le conseil d'administration dans très rapidement. Il ne faut pas les laisser faire. Ils sont tout simplement entrain de bousiller le service public de la santé".
Joint, hier, par téléphone, le directeur de l'ARH n'a pas souhaité commenter sa décision. Le maire et président du conseil d'administration de l'hôpital, Pierre Tournier, en déplacement, n'a pu répondre à nos questions.














