Hiver 2006 : peu de blanc, mais des stations noires de monde
Privées de blanc "naturel", les stations de ski ont pu sauver le début de saison à grands coups de canons à neige, surtout celles qui ont les moyens de se doter de telles armes... La fréquentation n'a pas fondu comme on pouvait le craindre.
L'Indépendant du 28/12/2006
La scène a donné quelques sueurs froides au directeur du domaine, hier : le téléski de liaison entre Font-Romeu et Pyrénées 2000 étant pris d'assaut, on a vu une foule de skieurs choisir de remonter à pied... Dans cette station, c'est ainsi depuis samedi : noir de monde. "Nous sommes à un chiffre d'affaires équivalent à celui de l'an dernier, voire supérieur, assure Alain Luneau, le directeur. C'est même inquiétant pour la deuxième semaine, qui est celle qui traditionnellement marche le plus : cette année, elle va se cumuler avec la fête des Rois, côté espagnol. On va être archipleins !".A grands coups de canons
Alors, comme partout dans les Pyrénées – et dans les Alpes, en Europe et même au Québec... – on attend une bonne chute de neige. Car le blanc manque, et le démarrage de la saison s'est surtout fait à grands coups de canons. Si Font-Romeu a pu ouvrir 50 % de son domaine, il le doit beaucoup à la neige "de culture", autrement dit artificielle. La station est plutôt bien dotée en la matière, avec 500 canons à neige, un record dans les Pyrénées.
La douceur de l'automne l'avait privée, comme ses consoeurs, de la manne espagnole de la "purissima" (300 000 euros en moins). Pour pouvoir assurer la fin d'année, la station a donc mis le paquet de neige artificielle : 260 000 m3 d'eau ont été dépensés, soit plus du tiers du volume écoulé la saison dernière. "C'est beaucoup mais le jeu en vaut la chandelle", affirme Alain Luneau. "C'est un investissement lourd mais payant, dit aussi David Carlier, directeur de la Confédération pyrénéenne du tourisme, structure qui promeut les 38 stations pyrénéennes. Des efforts d'aménagement importants ont été faits dans les Pyrénées en matière de neige de culture. 90 % des stations sont ainsi ouvertes, et l'indice de skiabilité est important. Oui, on peut skier dans les Pyrénées !"
Miser aussi sur l'après-ski
Neige ou pas, la fréquentation atteint de toute façon, selon lui, 85 % en moyenne sur l'ensemble du massif. "Pendant cinq ans et notamment ces deux dernières saisons, on a eu un très bon enneigement, et cela a eu... un effet boule de neige sur les réservations", dit-il. Et puis, il n'y a pas que le ski dans la vie de montagne. On sait par exemple que 30 à 40 % de la clientèle des stations catalanes ne pratiquent pas ce sport. Signe des temps : l'association "Neiges catalanes" a basé sa communication sur le concept du "ski terroir". Rando, aligot, bains chauds, etc. Les activités annexes ne manquent pas.
"Les gens qui, comme dans les années 80, skient de 8 h à 17 h, c'est fini, à part peut-être chez les Espagnols", note David Carlier. "Les Pyrénées ont été capables très tôt de se diversifier, en pensant à l'après-ski. On a par exemple vu les centres thermo-ludiques se développer tout au long de la chaîne". Pour ce promoteur du massif, il y a aussi "l'authenticité" pyrénéenne, qui fait qu'il "n'y a plus de complexe à avoir par rapport aux Alpes". "65 millions d'euros ont été investis cette année dans le massif, notamment 10 millions par les Angles : ils ont servi notamment à rénover le coeur du village", affirme le responsable de la Confédération pyrénéenne du tourisme. Reste les "petites" stations, qui ne peuvent se permettre une telle avalanche d'investissements (voir ci-dessous). Il n'est pas pour tout le monde, l'effet boule de neige...













