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Editions Sud Ouest
Édition du lundi 15 octobre 2007
Dossiers : MYSTERES

Marcel Cerdan : un crochet à Perpignan pour l'éternité


Le cimetière sud de la ville, loin du Père-Lachaise et de ses illustres tombeaux, recèle la dépouille d'un héros. Les cendres du légendaire champion de boxe brutalement disparu le 29 octobre 1949.

Un gant blanc, de boxe, sculpté dans le marbre. Et sur la tombe perpignanaise, ce nom mythique qui sonne tellement catalan et n'en est pourtant pas d'origine, Cerdan ! Pour Marcel. Le seul, l'unique. L'enfant de Sidi Bel Abbès, puis de Casablanca, passionné de football, mais footeux dans une famille plus attiré par le ring et le gong. Qui travaille donc son doublé du droit et gagne vite le rang de puncheur redouté.

Redoutable. Célèbre Marcel, oui, qui décroche ainsi un extraordinaire palmarès, 117 victoires sur 119 combats professionnels, des titres de champion de France, d'Europe et du Monde, une popularité aux accents de consécration. Le K.-O. de son combat sans merci contre l'Américain Tony Zale, la nuit du 21 septembre 1948 à New Jersey, à la quatrième reprise, K.-O. qui couronne à jamais le "Bombardier marocain", explose en direct à la TSF. Chauffe Marcel ! A Perpignan, comme partout ailleurs, les supporters ont l'oreille collée au poste nasillard. Tous savourent la victoire du Méditerranéen. Autant qu'ils subiront sa défaite, le 16 juin 1949, battu par Jack La Motta. Et pleureront, quatre mois plus tard, la mort du héros.

En route pour les Etats-Unis, Marcel Cerdan périt dans l'avion qui s'abîme dans la mer des Açores. Il a 33 ans. Edith Piaf dédie à l'athlète son fameux " Hymne à l'amour", parce que "Dieu réunit ceux qui s'aiment..." chante la dame en noir. Piaf est effondrée. Elle n'est pas la seule. Murée dans l'anonymat, Marinette Cerdan est brisée, elle aussi.

L'épouse du champion, mère de leurs trois garçons, s'enferme dans un douloureux silence. Et, dans l'éducation des enfants. Mais, une décision en tête, qu'elle se cheville au coeur et au corps : pouvoir reposer à côté de son Marcel, dont les cendres sont initialement inhumées au Maroc.

La stèle au cimetière du sud

Marcel Cerdan n'avait jamais fait de crochet par Perpignan. Sauf à titre posthume, donc, un crochet d'éternité. Cette nouvelle page dans l'histoire du champion s'écrit en 1995.

Le 24 février, un vendredi, quarante-six ans après la disparition du boxeur, son cercueil, en effet, arrive en toute discrétion dans la capitale catalane. Le voeu le plus cher de Marinette est enfin exaucé.

Mme Cerdan se sera battue durant quarante ans pour obtenir des autorités marocaines le retour de la dépouille de son mari sur le sol français.

Quarante ans de lutte et d'espoir, avant de remporter cette victoire, liée à une rencontre. Ou, plutôt, à des retrouvailles. Là-bas, à Casablanca, les familles Gonzalez et Cerdan étaient amies d'enfance. Ici, Christine Gonzalez s'occupe de tout.

C'est la bonne fée des Cerdan, celle qui se penche sur le rêve fou de Marinette et décide de le réaliser. Christine est gérante des "Pompes funèbres régionales" et conseillère municipale à Perpignan. Elle convainc donc le maire de la ville, Jean-Paul Alduy, de l'intérêt d'un tel projet, tandis que le père de la jeune femme part en quête de l'accord tant espéré par la veuve. Partageant alors son existence entre Montpellier où vit un de ses fils René et Platja de Aro où Paul, le deuxième, s'est installé, Marcel Junior lui ayant préféré Paris, Marinette est immédiatement séduite par la position stratégique de cette terre du Roussillon pour dernière demeure. Le roi du Maroc, lui, finit par céder. Marcel Cerdan repose donc en paix au cimetière du sud, à Perpignan. Près de sa Méditerranée, " dans le bleu de toute l'immensité"...






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