La mort sur l'échafaud pour des bandits de légende
Le couteau dans une main, le chapelet dans l'autre, ces brigands ambigus écumèrent les grands chemins. Pris, condamnés et exécutés le 26 juin 1846, les "Trabucaïres" jouissent aujourd'hui encore d'une grande popularité.
La tête de "Llorens" tomba la première. Jérôme Icazes, de son vrai nom, avait refusé de monter sur la charrette de la mort. "Le Christ est allé au pied du Calvaire ; nous voulons l'imiter en expiation de nos fautes !" a lancé le condamné, résigné face au bourreau. Son coéquipier, "Xicolate", n'acquiesce pas. Très peu pour lui, le "discours d'échafaud" selon Foucault.
Joseph Mateu se fiche de manifester la vertu de la rédemption en place publique. Il supplie d'être épargné. Sans écho.
Ce 26 juin 1846, le "trabucaire" périt décapité sur la place des Esplanades, à Perpignan. Dans la foulée, Céret exécute deux autres membres présumés du gang des grands chemins transfrontaliers, suspecté de maints pillages de mas et de voyageurs, de crimes, de rapts et autres expéditions sanglantes menées entre 1842 et 1846.
Tête en cavale
En Vallespir, Jean Simon alias " Coll-Suspiné" et Joseph Balmes dit "Sagals" se succèdent donc à leur tour sous le couperet de la guillotine. L'équipe n'est certes pas ici au complet. Au rang des absents, il manque notamment le chef Jaume Bosch et sa compagne et complice, Catherine Gatell, en cavale en Angleterre. N'empêche. Le glas de l'équipée sauvage a sonné.C'en est fini des "trabucaires"; ces partisans du prétendant au trône Don Carlos, repliés en marge de la guerre dans les montagnes françaises, ces hors-la-loi qui doivent leur nom catalan à un fusil, le "trabuc", comparable au tromblon.Fini, oui, d'écumer le territoire, qui va alors de Girona au Roussillon. La nuit venue, les habitants de la région s'endormiront enfin tranquilles.
Tout un peuple vit dans cette attente, depuis le démantèlement de la bande opéré le matin du 3 mai 1845, dans une métairie. Les "Trabucaires" ont été trahis. Balancés par leur hôte.
Un an plus tard, le 28 mars 1846, le tribunal du roi Louis-Philippe a prononcé officiellement la sentence, à l'issue du procès des dix-sept accusés, jugés en dix jours à Perpignan. Quatre sont condamnés à la peine capitale et aussitôt rejetés au cachot. A l'époque, la prison est installée dans l'ancien couvent de Sainte-Claire.
Bref, dès lors, la foule s'impatiente. Crie aux assassins. Réclame justice.
Trois mois ainsi, avant l'aube fatale aux malfaiteurs. Cette journée où l'histoire bascule.
Sous le chêne de Maureillas.
Les quatre têtes tombées, les "Trabucaires" passent subitement de mort à légende. Leurs pires actes deviennent exploits. Comme cet enlèvement d'un jeune garçon nommé Massot, ravi en Catalogne espagnole, séquestré et supplicié dans une grotte du Roussillon. Sa mère ayant refusé de payer la rançon de huit cents onces, les criminels auraient tenu leur cruelle promesse.Ceux-là même qui auraient voué leur âme au diable mais, selon les révélations d'audience, "ne manquaient pas de dire chaque soir leur chapelet". Qu'ils soient réfugiés chez l'habitant, enivrés à l'auberge locale ou cachés dans leur gigantesque chêne de la route de Maureillas. Un arbre sous lequel, pour sûr, ils ne rendaient pas la justice d'un Saint-Louis.
Le jour où Buffalo Bill a trébuché en Roussillon
Vingt octobre 1905. Le cinéma n'a guère plus de 15 ans d'âge. John Wayne ou Lee Marvin ne sont pas encore nés. Et à la gare de Perpignan qui n'est pas encore le centre du monde, les voyageurs qui viennent d'arriver sur les quais créent une véritable sensation ! Au total, il y a là trois trains spéciaux affrétés par Buffalo Bill, légende de l'Ouest, en...














