L'énigme du petit pensionnaire du Castillet
Pendant plus d'un demi-siècle, on a pensé à Perpignan que les os humains découverts par hasard lors de travaux de maçonnerie dans l'édifice pouvaient être ceux du fils de Louis XVI.
1946 : l'énigme du petit pensionnaire du Castillet Pendant plus d'un demi-siècle, on a pensé à Perpignan que les os humains découverts par hasard lors de travaux de maçonnerie dans l'édifice pouvaient être ceux du fils de Louis XVI. Suspense...
En cette année 1946, un ouvrier effectue des travaux dans l'enceinte du Castillet. Une lucarne de l'édifice, dont la vue donne sur la place de Verdun, doit en effet être "démurée". Consciencieux, François Laurencie s'est attelé à la tâche lorsqu'il découvre, derrière une masse de maçonnerie, un réduit de 3 m de long sur 0, 80 cm de large. La porte d'accès de ce qui s'apparente à un genre de cachot semble avoir été soigneusement murée et camouflée. Surpris, intrigué par sa découverte, l'ouvrier pénètre dans les lieux : il a juste le temps d'apercevoir sur le sol quelques éléments de squelette humain avant qu'un mouvement d'air ne les disperse en poussières. Quelques fragments de vêtements, d'os, et des bouts d'assiette pourront néanmoins être prélevés sur place et confiés à des historiens locaux. Des recherches sont lancées, notamment aux archives : on retrouve une facture, établie à l'époque de la Révolution, par le maçon qui avait jadis effectué au Castillet les travaux de dissimulation de la cellule. Les ossements, examinés par un médecin, semblent correspondre à ceux d'un enfant âgé d'une dizaine d'années. Et le morceau d'assiette retrouvé dans le cachot ? La réponse tombe : époque Louis XVI. Les quelques morceaux d'étoffe également prélevés au Castillet semblent appartenir à un vêtement "noble" et attestant d'un certain rang dans la société du XVIIIe siècle. Il n'en faut pas plus pour qu'une rumeur se répande comme une traînée de poudre à Perpignan : la cellule du Castillet aurait accueilli le dauphin, c'est-à-dire le fils de Louis XVI ! Les spéculations vont bon train, d'autant que l'on retrouve également dans la minuscule prison des os de poulets, qui attestent - d'un point de vue culinaire - d'un "traitement de faveur". Alors, qui est le gosse du Castillet ? Pourquoi ce dernier a-t-il été enfermé dans un cachot qui a été muré après sa mort ? Dans la France des années 1793-95 assiégée sur ses frontières le conventionnel Barras a-t-il voulu "évacuer" le Dauphin en lieu sûr pour s'en servir de monnaie d'échange auprès des Bourbons d'Espagne ? Jusqu'à la fin des années 1990, pas de réponses. Certains historiens estiment d'ailleurs à l'époque que le fils de Louis XVI n'est pas mort à Paris dans la prison du Temple. Toutes les hypothèses restent ouvertes... on reparle de Kaspar Hauser. Au fil du temps, la rumeur, elle, continue de courir. Mis à part quelques photographies prises en 1946, dont une, représentant les morceaux de vaisselle trouvés et quelques os, il ne reste rien de la découverte : tous les "indices" auraient été jetés ! Et François Laurencie, témoin principal dans cette énigme, décède. Prudents du côté de la Casa Pairal et du Castillet, on a toujours eu le souci d'éviter toute publicité superflue autour de cette énigme. Pas question de transformer le monument touristique en lieu de culte ou de pèlerinage pour les royalistes ! Plutôt bien vu. Car le "verdict" tombe finalement en avril 2000. L'analyse ADN pratiquée à Paris sur le coeur de l'enfant mort au Temple en 1795 et conservé depuis, confirme qu'il s'agit bien de celui du fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. L'enfant mort au Temple le 8 juin 1795 était donc bien Louis XVII. Reste une question que tout le monde ici continue de se poser : quelle est l'identité du jeune garçon mort enfermé dans un obscur cachot secret à Perpignan ? Plus de 200 ans après sa mort, le petit pensionnaire du Castillet conserve tout son mystère...
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